La toute première sensation

Ça fait toujours quelque chose d’atterrir dans un pays très lointain. J’ai beau avoir vécu cette sensation plusieurs fois, ça ne me laisse jamais indifférent.

 

Par anticipation, j’essaie d’enregistrer la première impression que j’ai en faisant ce premier pas sur le tarmac. A ce moment précis, je me dis : « quand tu reviendras ici, tu auras vécu un tas de nouvelles expériences extraordinaires, mon p’tit ! ».
Je sais pertinemment qu’en effet, au retour, lorsque les vacances seront terminées et que j’attendrai l’avion qui me ramènera vers les miens, je repenserai à cette première sensation. Elle me semblera loin, très loin même, tout comme la fin du voyage me paraît loin à cet instant précis, au moment où je respire la première bouffée d’oxygène étranger (c’est de la bonne !).

Bienvenue en Indonésie, donc.

L’envie d’avoir envie

Lecteur, ô mon lecteur, il faut que je te dise. Oui, encore. Il faut que je te confesse un truc.

Je ne sais pas si c’est ma nouvelle et maudite trentaine d’années qui vient m’anesthésier le cerveau à petit feu, ou si c’est le fait d’avoir déjà visité une petite vingtaine de pays (ce qui, en y réfléchissant, est ridicule quand on sait que le monde en compte entre deux et trois cent !), mais je crois que je commence à être habitué. Habitué aux aventures.

Est-ce possible ? Je n’ai plus la même excitation que lors de mes premiers voyages, il y a cinq ans, où j’avais l’impression que je partais jouer ma vie dans l’extrême inconnu. Je suis toujours impatient, c’est clair, mais plus jamais nerveux ou trop émoustillé.

Comme si je commençais à me lasser de ma première maîtresse et de ses promesses toujours sensationnelles mais finalement répétitives, bien que souvent surprenantes.

Lecteur, je crois que j’ai de la bouteille, et j’ai l’impression que ce n’est pas bien. L’espèce de sensation complètement ingrate, le cul entre les chaises de la sagesse et de l’insouciance.

Je vois ton intérêt qui se disperse. Après tout, nous ne sommes pas là pour divaguer sur les états d’âme d’un voyageur lambda qui se plaindrait presque de ne pas s’extasier à chaque trip comme une groupie devant un concert gratuit d’Ariana Grande (pourquoi « gratuit » ? Car les groupies sont pauvres, sinon elles ne seraient pas groupies). Comme tu as raison !
Laisse-moi quand même te tourner la tête vers le soleil, maintenant. Lecteur, j’aurais aimé que tu sois là pour ressentir ce que j’ai ressenti en sortant de l’aéroport de Jakarta.

L’odeur subtile de l’humidité, la chaleur enveloppante de l’air, et ce brouhaha incompréhensible et formidablement chaotique me promettait le retour fracassant de mon idylle brute et charnelle avec l’Asie du Sud-Est.

Ça y est, j’y suis ! Je vais pouvoir embrasser de nouveau mon Asie que j’ai trop longtemps délaissée !

File mon petit, file !

Il est tard à Jakarta. Après une courte nuit quelque peu déroutante à chercher un hôtel miteux (qui s’avérera être un des pires endroits où dormir, sauf si tu aimes que les cafards te tombent littéralement sur la tête), nous voilà partis pour onze heures supplémentaires de trajet en train.
Mon amie et moi étions dans les tréfonds des quartiers glauques d’une capitale complètement folle où traverser une avenue relève de l’exploit suicidaire. Quand on monte dans le train (presque en catastrophe) très tôt le matin, un « ouf » de soulagement nous échappe.

On ne pourra jamais assez remercier les « surveillants » de la gare (en uniforme presque militaire), qui nous ont littéralement fait passer devant tout le monde.

La gare d’arrivée, à Yogyakarta

Là, je me suis dit que ce pays traitait ses touristes comme des rois. J’étais gêné de doubler toute la file de locaux qui attendait, mais ça n’avait l’air de choquer personne.

C’est tellement rare qu’un pays favorise les touristes à ce point que l’on s’est sentis privilégiés. Je ne vais pas te mentir, ça fait du bien. Après, niveau intégration, il y a mieux! Mais quand ton train part dans deux minutes quarante, tu envoies vite balader tes principes.

Le train de la vie

La direction ? Tu fais bien de me demander, Lecteur ! Nous sommes en route vers Yogyakarta, au centre de l’île de Java, une ville reconnue pour son « âme authentique ».

Malgré la fatigue de l’avion et du jetlag, ainsi que de celle de la veille à guetter que les cafards ne te tombent pas sur la gueule, il m’est quasiment impossible de pioncer.

Et pour cause, le spectacle qui défile derrière la fenêtre du wagon 3ème classe est saisissant : des rizières à perte de vue, prises en tenailles par des nuées de palmiers et quelques montagnes surplombant la vallée. De temps en temps, un groupe de paysans, chapeaux pointus en bois sur la tête, surgit puis disparaît à vitesse grand V.

La vue de mon hublot de train est saisissante !

Dans le train, une ambiance unique, comme l’on n’en voit qu’en Asie.

Il faut que tu t’imagines une sorte de joyeuse colonie de vacances d’adultes et de quelques enfants : ça dort, ça chante, ça prie, ça discute, et surtout, ça rit ! Étonnante proximité entre les gens, qui, via mon œil de français, paraît peu familière, donc extrêmement agréable.

Je m’endors un court instant, le sourire aux lèvres, au son des discussions qui s’entremêlent au bruit d’un train qui s’avance vers un inconnu prometteur.

Il faut bien dormir de temps en temps !

Premiers instants à Yogyakarta

Nous voilà enfin arrivés à Yogyakarta après une dizaine d’heures de train, entre excitation (un peu) et impatience (surtout). Une trentaine de petits taxis-vélos nous alpaguent pour nous emmener au petit hôtel que nous avons réservé, mais je tiens à ce qu’on y aille à pied. Ça permet de se repérer dans la ville et de bien s’imprégner de l’ambiance. Bon, avec dix kilos sur le dos, tu t’imprègnes aussi de ta transpiration, il faut bien l’avouer. Surtout qu’il commence à flotter pas mal ! Je précise qu’on est sur la fin de la saison des pluies (en Mai). Pile poil le temps de constater qu’en effet, avec un poncho imperméable à capuche, tu as effectivement l’air d’un gland. Que ceux qui en doutaient soient informés.

Cliché rare : vue d’une avenue de Yogyakarta… sans trop de trafic (en fait, prise le lendemain matin) !

Nous n’avons pas Internet, nous sommes donc obligés de s’abriter dans un centre commercial pour trouver un spot Wi-fi qui nous aidera à trouver notre chemin : notre hôtel se trouvant à une heure de marche au sud de la ville. « Yogya » est plutôt grande finalement, et très embouteillée ! Un grand brouhaha anarchique qui laisse place, très étrangement, à des ruelles très étroites et calmes où l’on se croit téléporté dans une campagne Indonésienne confinée. Il y a un réseau de bus pour arpenter les grandes avenues qui constituent la ville. Le tout baigne dans une atmosphère à la fois zen et dynamique, citadine et archaïque.

Plonger dans le bain

On demande notre chemin de nombreuses fois, à des touristes ou des locaux. Ces derniers nous guident avec calme et sourire, prenant même le temps de nous faire des petites schémas. On arrive enfin à notre hôtel (Duta Guest House) où une chambre spartiate mais confortable (et un lit king size s’il vous plaît, format que l’on retrouvera dans toutes nos piaules !) nous attend.

On découvre une superbe petite piscine surplombée d’un ensemble de pierres sculptées où y coule l’eau qui vient se déverser dans notre belle pataugeoire. Un vrai bonheur !

piscine guest house duta yogyakarta

Quand il fait 35 degrés comme en Indonésie, cette pause est plus qu’appréciable, surtout après 11h de train !

Moi qui suis un pur routard, je n’ai pas l’habitude de loger dans ce genre d’endroit. Même s’il a coûté une bouchée de pain (une dizaine d’Euros pour une chambre double), si j’avais été seul, j’aurais pris quelque chose d’encore moins cher. Mais je dois avouer être carrément content de pouvoir me rafraîchir dans une piscine ensoleillée où tu peux nager seul, tranquille et décontracté !

Nous résidons dans le quartier routard. Il faut bien le dire, une zone touristique de la ville. Notre rue (Jalan Prawirotaran), étonnamment calme comparée à l’immense et bruyante avenue qui vient la croiser à quelques mètres de là, est jonchée de restaurants aux cartes écrites en anglais (et aux tarifs prohibitifs comparés à la moyenne locale). Épuisés, nous décidons quand même de manger dans un de ces restos, comme de gros nigauds.

rue yogyakarta

Ça sera notre rue pendant trois jours 🙂

Tout le reste de notre voyage, nous mangerons dans des gargotes locales et petits restaurants familiaux. Ça sera là une des rares exceptions, même si on a pris le soin, auparavant, de comparer toutes les cuisines et les prix de la rue. Tiens, ça tombe bien ! Il y a un Thaïlandais aux prix raisonnables qui m’a fait me replonger dans l’un de mes voyages grâce à un très bon « Pad Thai » fait maison. Superbe adresse (Yam Yam Restaurant).

Nous aurons à peine le temps de nous reposer le soir, car nous avons décidé, dès le lendemain, de nous lever tôt pour trouver un bus en direction d’un rassemblement de temples hindous : Prambanan. Il faut dire que la ville de Yogyakarta est le point de départ idéal pour aller voir des monuments religieux gigantesques et uniques. A quelques kilomètres se situe également le plus grand ensemble bouddhique du Monde, Borobudur. Ce sont les deux destinations que nous voulons absolument visiter. Pour le reste, ça sera du freestyle.

L’ami Ricoré

Le petit dej’ est absolument génial : deux Indonésiennes sont à nos petits soins pour nous préparer de la cuisine salée ou sucrée, en très grande abondance. Le gros morfal que je suis remplit les assiettes au maximum et profite de tous les mets à disposition pour pouvoir goûter à tout !

petit déjeuner hostel yogyakarta

Petit dej’ Indonésien à volonté !

Côté sucré, on est sur des fruits de type ananas, banane, pastèque et papaye : rien que le fait d’en parler, j’en salive encore. Il y a aussi différents types de gâteaux, certains faits à base de riz, d’autres enroulés dans des feuilles de bananiers. Tous ont le point commun d’avoir une texture molle et, finalement, peu de goût. Avec un bon café ou un bon thé, et des mets plus Européens pour ceux qui le souhaitent (ce qui n’est pas mon cas, je bouffe local ou rien!), les plats salés Indonésiens sont également de rigueur : spécialités de riz succulentes, accompagnés d’un peu de viande ou de légumes, et le fameux gros cracker soufflé que l’on retrouvera souvent dans notre périple. Le tout avec la bonne sauce pimentée qui va bien, car la nourriture, au fond, c’est comme la vie : moins c’est fade, plus c’est bon !

Il est 7h, il faut prendre des forces pour toute la journée ! :p

Le temps de prendre une douche froide qui m’ouvre les yeux grands comme des billes (ça vaut douze expresso, ça) et de demander le chemin à l’aubergiste pour aller à l’abribus le plus proche, et me voilà en train de déambuler, frais comme un gardon (faux), dans les rues bondées de Yogyakarta. Dans mon viseur pour la journée : aller visiter ce fameux ensemble hindou de 240 temples shivaïtes (de la divinité Shiva), construit il y a plus de mille ans.

Une découverte qui sera la première véritable claque du voyage…

Dans quelques jours, découvre la suite de mon carnet de voyage en Indonésie. Je te raconterai mes impressions sur la visite des deux ensembles religieux les plus impressionnants du pays, dans un article intitulé : « Prambanan et Borobudur, les perles de Java »

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